Leurs uniformes sinistres

Leur tiennent lieu de savoir.

Que d’ânes couvre le noir !

— Le « docteur » devait traduire ma chanson en allemand, ajouta Cheraval, savez-vous s’il l’a fait ? j’aurais bien voulu prendre congé de lui. Mais où le trouver ?

— Oh ! fit Mme Goldschmidt en dépliant un journal qu’on venait d’apporter, je crois qu’il nous sera facile de savoir où le « docteur » sera ce soir…

Elle passa le journal à sa fille, et lui indiquant du doigt le haut de la troisième page :

— Geneviève, dit-elle, lis-nous ça…

La jeune fille, d’un voix émue, commença :

« Ce soir, grande réunion démocratique dans la salle des Trois Aigles, rue Moabit. Le jeune orateur populaire Stieber, qui a conquis une si rapide célébrité dans les clubs, doit prononcer un long discours pour demander l’abolition de l’armée permanente et la suppression immédiate de la police secrète. L’importance de ces deux questions, qui tiennent si fort à cœur à nos Berlinois, et la réputation de l’orateur attireront certainement la foule. »

Les éloges que le journal décernait au docteur Stieber firent de nouveau rougir de joie la jeune fille.