« Elle me raconta alors en rougissant que le jeune peintre avait profité de ses tête-à-tête avec elle pour lui faire une cour assidue, et que, finalement, pour échapper à ses obsessions et à ses familiarités, elle avait renoncé à ses leçons, prétextant que les soins du ménage absorbaient tous ses instants.

« Depuis lors l’intimité entre Schmidt et Wurm était devenue plus étroite, et le peintre passait avec le contremaître et les ouvriers tout le temps qu’il consacrait auparavant à son élève.

« J’embrassai Hedwige sur le front et je me retirai. Sur la table de ma chambre à coucher m’attendait une lettre de mon frère, qui me donnait rendez-vous à Breslau pour une affaire urgente. Il me recommandait de venir le plus vite possible, afin qu’il pût continuer lui-même sa route vers la Russie, où des commandes importantes lui étaient promises. Comme rien de pressant ne me retenait à l’usine, je pris immédiatement mes dispositions pour partir le lendemain. La voiture fut attelée de bonne heure ; le soir, j’étais à Liegnitz, où je prenais le chemin de fer pour arriver peu d’heures après à l’hôtel du « Grand Frédéric », où mon frère m’attendait. Pendant que je soupais, il me mit au courant de l’affaire. Il s’agissait d’une très importante fourniture qu’il devait effectuer de compte à demi avec M. von S…, qui l’avait obtenue grâce à ses influences. Ma signature était nécessaire au traité que nous devions passer. M. von S… était également arrivé à Breslau ; mais, fatigué par le voyage, il était allé se reposer, remettant au lendemain notre entrevue.

« Je demandai à mon frère si M. von S… lui avait parlé de son cousin.

«  — De quel cousin ? » me demanda-t-il.

« Je lui racontai l’arrivée à la fabrique du jeune peintre, parent de M. von S…, mais je me tus sur tout le reste. Mon frère est un homme phlegmatique qui n’aime guère se creuser la cervelle en dehors des affaires. Il n’insista point et nous gagnâmes nos chambres.

« Le lendemain il nous fallut attendre jusqu’au soir pour nous rencontrer avec M. von S…; l’affaire fut vite conclue ; c’était une opération avantageuse, je n’eus qu’à ratifier les conditions conclues entre mon frère et son partenaire. Quand tout fut terminé, je dis à M. von S… que j’avais le plaisir de posséder encore son cousin sous mon toit.

«  — Lequel ? me demanda M. von S… Et il m’expliqua que sa famille était très nombreuse.

«  — Je veux parler de votre cousin Schmidt, répondis-je, de votre cousin le peintre paysagiste que vous m’avez fait l’honneur de me recommander. »

« M. von S… fit un bond sur sa chaise.