M. de Bunsen avait écouté Stieber avec une irritation croissante :

— Sortez, monsieur, cria-t-il en étendant le bras, sortez, je ne comprends pas que vous osiez me faire une telle proposition !

Froidement et d’un ton décidé, Stieber montra le papier revêtu du sceau officiel.

— C’était pour le service du roi, fit-il.

M. de Bunsen s’affaissa ; il parut sentir tout le poids du reproche.

— C’est bien, c’est bien, dit-il, je réfléchirai à votre proposition. A quelle heure part la malle pour Paris ?

— A sept heures.

— Bien. Vous recevrez ma réponse chez vous avant cinq heures.

Stieber sortit.

— Quel malheur, s’écria le vieux savant quand il fut seul, quel malheur d’être au service d’un pays semblable, qui demande à ses agents d’être les aides de ses agents de police ! Depuis Frédéric, tous les diplomates de la Prusse à l’extérieur ne sont que des policiers déguisés, des mouchards, depuis le fier ambassadeur qui espionne le monarque jusqu’au dernier secrétaire qui espionne son chef pour parvenir plus rapidement… Si je refuse la demande de cet individu, il fera un rapport contre moi, il m’accusera d’avoir négligé le service du roi, comme il dit… Ah ! quel malheur !