— Eh bien, soit, dit-il, je veux bien encore une fois intercéder pour vous et vous accorder un sursis, mais vous exécuterez de point en point mes instructions.
— C’est entendu, cher monsieur le commissaire ; à vos ordres ; tout ce que vous voudrez, fit la Krause en réintégrant prestement dans le portefeuille les deux bank-notes.
— Vous allez réunir chez vous demain soir une douzaine de « vos clientes », dit Stieber ; vous les choisirez parmi les plus volcaniques, — celles qui se prêtent le mieux à toutes les fantaisies, même les plus risquées… Réfléchissez, pouvez-vous convoquer votre monde pour demain ?
La Krause eut un mouvement d’orgueil :
— Pour ce soir s’il le faut, monsieur le commissaire, dit-elle en tirant de sa poche un paquet qui ressemblait à un jeu de cartes, mais qui n’était qu’une collection de photographies. Elle les étala devant Stieber sur la table recouverte du tapis administratif.
— Comment ? la femme du Justizrath[14] de H…! La fille de Z…, le banquier ! Madame la doctoresse R…, une mère de famille qui a quatre enfants ! Qu’est-ce que cette plaisanterie ?
[14] Conseiller de justice.
— Ce n’est pas une plaisanterie, mon bon monsieur le commissaire : je vous jure sur la tête d’« Arlequin », que j’aime comme mon enfant, je vous jure que toutes ces dames sont mes clientes…
— Tiens… c’est bon à savoir à l’occasion, pensa Stieber. Puis, tout haut, il répondit : Pour ce qui est du choix, je m’en remets à votre expérience. Vous veillerez à ce que le champagne ne manque pas et qu’on fasse flamber un punch où le rhum domine tout à fait. Ne vous inquiétez pas de la dépense, vous présenterez votre note ici le lendemain. Ne ménagez rien, une orgie complète !
— Bien, monsieur le commissaire, bien ; et à quelle heure viendrez-vous avec vos amis ?