— Pardon, monsieur, répondit M. de Rochow avec hauteur ; ici le roi est l’hôte de ses officiers, il est en parfaite sûreté au milieu de nous et nous n’avons pas besoin de la police pour le garder. Si vous n’avez pas d’invitation, veuillez vous retirer pour éviter un éclat… Quant à madame la comtesse, fit le gentilhomme avec une exquise politesse, si elle veut me faire l’honneur d’accepter mon bras, je la conduirai au fauteuil qui lui est réservé.

Mme de R…, sans se soucier de son cavalier, remercia M. de Rochow d’une gracieuse inclinaison de la tête ; elle prit le bras que l’officier lui offrait, et tous deux s’éloignèrent.

Ce petit colloque avait attiré l’attention de quelques spectateurs ; la honte, la confusion et la colère du directeur général en furent augmentées. « Ah ! je le tuerai ! je le tuerai ! » fit-il en quittant le manège.

— Où faut-il conduire Votre Excellence ? demanda le valet de pied.

— Chez le général Münchhausen, répondit M. de Hinkeldey en montant dans sa voiture, dont il ferma la portière avec tant de violence que les vitres volèrent en éclats.

Le général Münchhausen, aide de camp du roi, était le seul qui, dans tout l’entourage de Frédéric-Guillaume, vît sans jalousie et sans amertume l’élévation de M. de Hinkeldey. Les deux hommes s’étaient liés d’une amitié solide. En cette circonstance délicate, la première pensée de M. de Hinkeldey fut d’aller demander conseil à son ami.

Après avoir écouté le récit du chef de la sûreté :

— Cette fois, dit le général, il est difficile, sinon impossible, d’éviter une rencontre. L’offense a été publique, il faut une réparation publique.

— Aussi, dit M. de Hinkeldey, suis-je bien résolu à me battre ; vous serez mon second[20].

[20] Dans les duels allemands, un seul témoin, un « second », est regardé comme suffisant.