[21] Historique.

Le lendemain matin, à sept heures, la voiture du général de Münchhausen s’arrêtait devant l’hôtel de la police. Le général n’était pas seul. Un homme correctement vêtu de noir, coiffé d’un petit chapeau à larges bords, comme en portaient les quakers, l’accompagnait. Les deux hommes montèrent lentement un petit escalier étroit qui conduisait directement, sans passer par les bureaux, dans le logement du chef de la sûreté. Au second étage, ils s’arrêtèrent. M. de Münchhausen frappa discrètement trois coups.

Un vieux domestique vêtu d’une livrée noire introduisit le général et son compagnon dans la chambre à coucher de M. de Hinkeldey. Le lit, au fond de la pièce, n’était pas défait, des monceaux de cendres, des débris de papiers à demi consumés montraient à quelle occupation le directeur de la police avait consacré une partie de la nuit.

— Je suis prêt, fit M. de Hinkeldey en se levant.

Ce fut alors seulement qu’il aperçut le compagnon de M. de Münchhausen.

— Oh ! monsieur le pasteur, vous êtes venu aussi ; j’espère que vous n’aurez pas besoin de m’assister à l’article de la mort, mais néanmoins je vous remercie, ajouta-t-il avec un sourire.

Le pasteur Richter, de la secte des Herrenhüter[22], qui luttaient alors d’influence avec les piétistes, prit un air inspiré :

[22] Anabaptistes.

— Mon fils, je ne suis pas venu pour vous assister pendant le combat, je suis venu pour vous rappeler que le Seigneur défend de verser le sang… N’acceptez pas cette rencontre ; au nom de Dieu, n’y allez pas !…

— Au point où en sont les choses, c’est impossible. Qu’en dites-vous, Münchhausen ? fit M. de Hinkeldey, fort surpris.