—Ici!… Vous voulez bien?
—Moi, j'aime tant les amoureux. On dirait que tout le monde se ligue contre le bonheur de ceux qui s'aiment. Cela me met dans des colères… si vous saviez! C'est comme les bêtes… je ne puis voir souffrir les bêtes…
—Alors, vous n'aimez que les amoureux et les bêtes?
—Et aussi les fleurs, parce que les fleurs sont à moi, bien à moi. Elles ont de jolies couleurs et des parfums pour moi toute seule. Après, elles meurent, mais mortes, d'autres ne les ont pas… Je continue. M. Bamberg m'envoie chercher une voiture à Paris,—ce que les ouvrières étaient jalouses!…—Place de la Bastille, j'arrête un vieux cocher tout rouge avec de gros favoris blancs. Je lui donne l'adresse. «Bien, ma petite dame!»
Et je suis venue à l'usine en fiacre; c'était la première fois, j'étais fière!
Je descends à la grande grille et je dis au vieux d'attendre. Il me donne un bulletin portant le numéro 2904—je me souviens bien, allez!…
M. Bamberg m'attendait dans l'atelier des peintres. Jamais la Grande-Bobèche, Petite-Souris et Mouron, mes amies, n'ont aussi peu travaillé que ce jour-là, mademoiselle. Deux minutes après, il revient tout pâle, les yeux rouges. On disait dans l'atelier: «Le petit Bamberg a reçu une mauvaise nouvelle, sûr.»
On me questionnait. «Pourquoi la voiture? Pourquoi ci? Pourquoi ça?» Moi je ne comprends rien à son chagrin, mais je le plaignais de tout mon cœur. Il fut triste, malade toute la soirée.
—Il avait l'air malade, bien malade?
—Oh! mademoiselle, il avait des yeux qui n'y voyaient pas, et les lèvres tirées en bas, et la moustache défrisée. Et il était tout blanc comme un moribond.