—Pauvre Aimé!

—Le lendemain, nous venions à peine d'entrer à l'atelier, mes amies et moi, qu'une ouvrière du moulage des têtes vint nous dire que M. Bamberg était chassé de l'usine.

La Grande-Bobêche se lève pour aller le dire aux coiffeuses qui vont le répéter aux habilleuses, qui vont le confier aux emballeuses.

En une minute, toute l'usine savait que M. Bamberg était un Allemand venu chez nous pour voler les secrets de fabrique,—vous savez, les fameux secrets.—Moi je dis toutes ses vérités à la Grande-Bobêche, mais j'étais bien inquiète.

Voilà que le soir, comme je revenais à pied de l'usine, j'aperçois, assis sur un banc, le long de la Seine, M. Bamberg, les mains dans les poches, et triste, triste, que c'était à faire pleurer.

Je passe derrière le banc, je tousse… Rien! Alors, toute rouge, et le cœur faisant toc-toc, je me décide à lui parler.

Brusquement, il se lève, ouvre de grands yeux étonnés, fait:

—Ah! j'oubliais, mademoiselle.

Et voilà qu'il tire une pièce de cent sous de son gousset.

Je sais bien que l'on nous paie nos services en argent à nous autres, ouvriers, mais ça m'a fait mal. Il paraît que j'avais l'air fâchée, car il m'a dit: