—Je vous demande pardon, mademoiselle.

—Vous voilà surpris, monsieur Bamberg, mais vous avez l'air si fatigué que j'ai voulu vous demander si vous n'étiez pas malade.

—Toujours bon cœur, ma petite l'Embaumée.—(Ça me fit oublier les cent sous).—Je ne suis nullement indisposé: je rêve, voilà tout.

—Des rêves tristes!

—Oui, tristes. Tenez, voulez-vous que je vous offre mon bras, j'ai besoin de promener un peu mes vilaines pensées.

—Oh, monsieur!

Il me prend alors la main et nous marchons très vite, le long des quais, moi, les yeux baissés, lui, regardant quelque chose très loin.

Il se mit à parler:

—Mademoiselle, il ne faut jamais aimer… (j'étais étonnée) jamais aimer… moi j'aimais et j'aime encore une jeune fille bonne et belle… mais elle est trop riche. Il ne faut pas aimer les jeunes filles riches! Gardez-vous des jeunes filles riches… Avant d'aimer une jeune fille, prenez des informations sur la fortune de ses parents et si elle est riche, fuyez, fuyez! Le rêve serait d'épouser une amie qui viendrait à vous avec, pour tout bien, son unique robe…

Pauvre M. Bamberg, il était un peu fou!… Me conseiller de ne pas épouser une jeune fille riche!… Puis il me conta qu'il aimait la fille de son patron, Mlle Gosselet, et que la voiture venue de Paris, la veille, devait l'emmener, lui et sa fiancée, à la gare de l'Est où ils devaient prendre un billet pour n'importe quelle station où ils pourraient s'aimer en toute liberté.