—Laissez-moi coucher sur le matelas.

—Je ne veux pas… je ne veux pas! Il faut que vous soyez fraîche et toute jolie pour demain. C'est moi qui vous ramène à lui, je le lui ai juré… Oh! je suis contente… contente!

Peu après les deux amies dormaient à la lueur faiblote de la lampe baissée.

II

Onze heures déjà!

Partie dès le matin, l'Embaumée ne revenait pas.

Simone, pleine d'entrain, en jeune fille qui n'a pas peur de mettre les mains à la pâte, prépara le déjeuner, désireuse de se surpasser, songeant que l'Aimé prendrait place près d'elle et qu'ils pourraient s'embrasser à la dérobée, comme deux amoureux, quand la petite ouvrière s'ingénierait à ne pas voir.

La batterie de cuisine de l'Embaumée n'était pas luxueuse: une poêle, une cocotte, une grande poterie jaune vernissée pour cuire le bœuf, un petit plat en émail, douze assiettes dont six creuses et six plates. Ajoutons à cet inventaire le filtre en fer battu et un petit moulin à café si vieux qu'il n'avait presque plus de dents. Les deux fourchettes et les cuillers qui composaient le service de table sortaient de chez Christophle. Les verres à initiales, verres incassables, n'étaient pas en cristal de roche.

Tout cela était rangé sur les planchettes d'un placard mal dissimulé par le papier de tenture défraîchi au contact des mains.

Ce placard contenait encore un fourneau que l'ouvrière glissait sous le manteau de la cheminée aux jours de gala, c'est-à-dire aux jours de cuisine chaude. Le plus souvent, en effet, elle dînait, au retour de l'usine, de quatre de charcuterie assaisonnée de petites rondelles de cornichon.