«Je ne dis pas que l'on peut gagner une maison de campagne, avec un jet d'eau devant, en piquant des corsages, mais ça fait manger tout de même. J'ai des ouvrières qui travaillent pour moi depuis cinq ans. Puis le travail c'est la santé! Ah! si je pouvais travailler… c'est ce que je dis à Joseph.
«Il y a des ouvrières qui essayent d'aller prendre les commandes, elles-mêmes au Grand-Marché. Elles savent ce que ça leur coûte! Moi, ça ne risque rien.
Joseph peut être bien tranquille… Je suis une femme de tête, moi.
«Ah! les temps sont durs! Joseph…»
Les deux petites amies souriaient à la nouvelle intervention du mystérieux Joseph.
Mme Blondon voulut bien expliquer ce qu'était Joseph:
«Joseph, c'est mon mari, un homme qui a toujours des chiffres dans le cerveau. Il tient un livre de pari aux courses. Quand il faisait ses calculs, le bruit des machines à coudre l'agaçait… Joseph le sait bien, lui, que les temps sont durs, très durs… Au revoir, mes enfants.»
Très digne, Mme Blondon salua des yeux, du rire et disparut dans l'escalier, cramponnée à la rampe, le pied s'assurant de la solidité des marches.
—Elle marche si vite que vous n'avez pu lui dire que nous acceptions ses offres, dit Simone. Elle est drôle.
—Ce qui n'est pas drôle, c'est de piquer des corsages à vingt sous pièce!