—Allons, mademoiselle Rabat-joie! moi qui vous croyais gaie…

—Des corsages qu'on lui paye de trente-deux à trente-cinq sous!

—Allez chercher les corsages, ma petite l'Embaumée, et au travail, vite! vite! Simone commença dès le lendemain son apprentissage de petite couturière.

A six heures du matin, elle se mit à la besogne, assise à côté de l'Embaumée qui pédalait sa machine à coudre avec l'acharnement d'un bicycliste courant quelque championnat.

La petite bossue assemblait les différentes parties du corsage pendant que la fille de M. Gosselet cousait les ourlets et bordait les boutonnières.

Le travail se faisait vite malgré les retards apportés par la machine qui, n'ayant pas roulé depuis longtemps, cassait le fil ou rejetait la courroie de transmission, malgré les morsures de l'aiguille qui ensanglantaient de points rouges les doigts de la petite bourgeoise.

L'Embaumée, tout en poussant l'étoffe le long du guide-âne, surveillait de la queue-de-l'œil le travail de son associée. Elle interrompait le tac-tac-tac de la machine, pour encourager Simone un peu étonnée de l'activité de sa nouvelle amie:

—Voilà qui va bien. C'est suffisant pour un corsage à vingt sous. On dirait que vous faites ce travail depuis longtemps.

Simone, les cheveux en désordre, la bouche contractée par l'impatience, par l'effort, se hâtait de plus belle, semblant jouer à pigeon-vole, tant elle tirait vite le fil passé au travers de l'étoffe. Elle riait nerveusement à chaque morsure de l'aiguille et disait pour expliquer son rire:

—Nous travaillons pour Joseph!