Après trois jours de travail, les deux petites amies purent livrer la douzaine de corsages à Mme Blondon.

L'entrepreneuse se montra satisfaite de la confection, mais elle annonça à la petite bossue qu'elle allait se rendre en Angleterre, avec Joseph, pour parier au Derby, et qu'elle n'aurait pas de commandes avant trois semaines.

—Et l'argent? dit Simone à son amie ennuyée de ce contre-temps.

—Elle nous paiera quand le Grand-Marché aura accepté l'ouvrage.

—Je crains fort d'avoir travaillé pour Joseph… Je ne voudrais pas que l'on me vole le premier argent que je gagne… si difficilement.

IV

Que d'espérances font naître au cœur des petites ouvrières sans travail les affiches manuscrites collées sur la muraille, au coin des rues, entre les gigantesques lithographies qui évoquent les halls somptueux où l'on s'amuse, et les placards répandus pour la plus grande gloire de la moutarde A… ou de la pilule B…

On demande «une petite main». S'adresser chez Madame… rue… n°…

La suscription fait sourire les flâneurs en quête de ce qui amusera leurs yeux. Cependant des fillettes se haussent sur le bout de leurs chaussures déjetées pour lire le nom et l'adresse de celle qui peut leur donner du pain et s'en vont, le chef baissé, répétant tout bas les chiffres du numéro, pour ne pas oublier.

Le lendemain, quarante, cinquante «petites mains» sonnent à la porte de la patronne. Mais la couturière n'a besoin que d'une «petite main», une toute petite main, celle qui sera le plus tôt remplie de gros sous, le samedi de paye venu.