De rouge qu'il était autrefois, le teint de M. Gosselet était devenu presque blanc, mais d'un blanc strié de petites raies roses qui historiaient l'épiderme de losanges, de carrés, de mille figures microscopiques. Ses yeux gris gitaient en un fouillis de cils incurvés comme des ronces.
Large d'épaules, le cou très court, M. Gosselet portait la redingote de telle sorte qu'elle semblait lui être toujours trop étroite ou trop large. Quand il marchait, traînant la jambe, les bras lancés en un mouvement rythmé de balanciers, les yeux l'habillaient instinctivement d'une blouse bleue et le coiffaient d'une casquette de soie.
Mme Gosselet, née Elvire Decambe, n'eut pas la douce joie d'avoir exaspéré son mari. Quand le fabricant de poupées était de mauvaise humeur, il le témoignait à son insu, par deux petites rides qui, partant du coin de la bouche, allaient rejoindre le nez un peu long.
M. Gosselet rit franchement, ce qui mit à nu ses dents larges solidement plantées:
—Il est certain, ma toute bonne, que je n'ai pas la tournure d'un muscadin,—fort heureusement pour nous.—Qu'en dis-tu, petite Simone?
Petite Simone, qui croquait ses radis sans les éplucher, après les avoir tamponnés dans une pincée de sel, répondit en tournant les feuillets d'un gros volume posé près de son assiette:
—Vous avez raison, père. Il n'est pas nécessaire d'être très beau pour gagner beaucoup d'argent.
Et Mme Gosselet, pour se venger de la réflexion de sa fille:
—Pourquoi lire à table, Simone? Tu es d'un sans-gêne!
—Maman, je n'écoute pas lorsque je lis.