Herminie l'Abandonnée! Quelle jolie fille, pure, aimante, spirituelle, gaie! Elle promenait sa vertu de par le monde, comme une précieuse douzaine d'œufs. Elle savait arracher sa robe de mousseline des mains du petit vicomte sans y faire le moindre accroc! Elle buvait les poisons des Indiens comme d'autres ingurgitent des saladiers de vin chaud. Les coups de couteau n'égratignaient jamais sa charmante peau. Elle sortait d'une demi-douzaine de cercueils comme on sort d'armoires à double fond.
Son amoureux, le beau sculpteur de la Roche-Cassée, était sublime de générosité bébête, fort comme un Tartarin à doubles muscles, courageux comme d'Artagnan, artiste comme Michel-Ange, tout simplement! Doué de ces belles qualités, il courait le monde, lui aussi, à la recherche d'Herminie l'Abandonnée, mais avait grand soin d'arriver toujours trop tard, en carabinier d'Offenbach.
Herminie l'Abandonnée, feuilleton en six parties, par Oscar de Machin, était d'une cocasserie dangereuse pour les lecteurs atteints d'affections de la rate, ce qui n'empêchait pas l'Embaumée de verser son petit pleur sincère à tous les Oh! et les Ah! qui coûtaient un franc vingt-cinq centimes chaque aux actionnaires du Petit Quotidien.
Tous les matins, l'Embaumée racontait à son amie les malheurs de cette pauvre Herminie. Elle montrait le poing à Fripouillet, le faux policier, injuriait le méchant petit vicomte, appelait à la rescousse le beau Sylvain de la Roche-Cassée, empêtré dans quelque vilaine histoire de fausse-monnaie.
Simone souriait, indulgente, étonnée de voir son amie épouser si chaudement les querelles de personnages invraisemblables. Elle pensait confusément que manœuvriers et manœuvrières gaspillent leurs justes haines en maudissant les forts, les mauvais des romans ou des drames de cape et d'épée.
Il ne restait plus qu'un louis dans les caisses de la communauté quand la petite bossue rentra un soir au logis le teint rose, les cheveux défrisés, le corsage fleuri de violettes de Parme.
—Ouf! ça y est! ce que j'ai couru pour t'annoncer la bonne nouvelle!
—Tu m'as tutoyée, enfin!
—Puisque c'est fait, c'est fait. Je n'osais pas. Il me semble que nous serons plus amies qu'avant.
—Bien! Et ta bonne nouvelle?