—J'aidais maman qui était couturière, répondit Simone embarrassée.
A l'atelier, la soirée s'écoula calme. Sous les becs de gaz allumés dès quatre heures, les ouvrières de Jobson travaillaient, la nuque brûlée par les petites flammes papillotant au-dessus de leurs casques de cheveux à reflets métalliques comme des insectes ailés prêts à se poser sur des fleurs pâles,—des fleurs de serre. Les corsages dégrafés bâillaient, laissant voir des blancheurs de chemisette. Dans l'ombre, les yeux se cerclaient de violet.
Malgré la lassitude, malgré la migraine, les petites couturières souriaient. Elles souriaient, songeant à la délivrance prochaine, aux amoureux qui les attendraient à la sortie de l'atelier et baiseraient leurs souffrances, leurs labeurs, sur leur bouche, blanche.
Une fillette descendue des salons d'essayage vint annoncer, essoufflée:
—Jo Palmer! venez vite!
Mme Mily qui sommeillait, Mlle Maria qui essayait ses jarretières rose et crème, Léonie qui achevait de poser un américain—un tampon d'ouate sous les entournures du corsage de surah,—se levèrent brusquement.
—Venez avec nous, mademoiselle Simone, dit Léonie. Jo Palmer est toujours heureuse d'avoir beaucoup de monde à ses essayages. L'habitude du public, sans doute.
Dans le grand salon meublé de psychés et de sièges bas, Jo Palmer causait avec le grand couturier Jabson.
Jo Palmer, à la ville, portait des gants laissant le poignet à nu, des corsages à col haut, des jupes très étoffées.
Ce n'était plus la Jo Palmer des affiches, la Jo Palmer à tignasse rousse, à pattes noires, à corsage vert échancré en V. Jo Palmer s'habillait de façon discrète, mais bourrait les doublures de ses vêtements de sachets de musc, d'héliotrope, bien capables de tenir ses admirateurs à distance respectueuse.