Elle disait:—«Jamais je ne pourrai arriver en bas. Je mourrai dans l'escalier.»

Accrochée des deux mains à la rampe, soutenue par deux locataires, elle a descendu les six étages, degré par degré, soufflant et geignant. Les commères, qui se moquaient autrefois de son gros ventre, se penchaient, pleurant, sur la cage de l'escalier d'où les plaintes montaient, de plus en plus faibles.

Dans la voiture qui allait au pas, elle regardait par la portière les gens qui passaient sur le trottoir, espérant encore qu'il viendrait. Des filles ont passé, en courant, les jupes troussées, sous le nez du cheval de fiacre. Elle a dit dans un hoquet douloureux:

—Elles sont bien heureuses d'être toujours jolies, elles.»

Elle m'a embrassée et nous avons pleuré dans la salle d'attente de l'hôpital. Elle m'a remerciée, m'a pris la main. Je voyais qu'elle voulait me demander quelque chose, mais qu'elle n'osait pas. Alors, pour lui épargner un peu de honte:

—Il saura où vous êtes. Je l'en informerai, s'il vient.

—Vous ne pouvez pas comprendre, pourquoi je ne lui en veux pas, ma chère Berthe! Vous ne pouvez pas comprendre, vous n'aimez personne. Je sais qu'il viendra, mais il viendra peut-être… après… Je veux qu'il sache que… je l'aimais bien.

On l'a emportée. Moi j'ai pris la fuite pour ne pas pleurer devant les infirmières.

Oh! le lâche! Oh! le lâche!

—Et qu'est devenue pauvre Jeanne? demanda Simone.