—Parbleu!
Le visage penché sur l'épaule de son amie, mademoiselle Gosselet lut le petit bleu, puis s'en empara le caressa des doigts, le baisa, rougissant.
—Oh! ma petite l'Embaumée. C'est aujourd'hui dimanche, heureusement! Si la dépêche était arrivée, hier! Toute une bonne journée de joie perdue! Étant de corvée, le soir, à l'atelier, je n'aurais pu lui sourire, la première! Oh! ma petite l'Embaumée, je vais le revoir, ce soir, dans quelques heures. Je t'aime bien!
—C'est entendu!
—Tu vas voir. Il sera pâle avec de grands yeux tout battus. Moi, je me cacherai près de la porte qui donne sur le quai. Il t'embrassera, te demandera si je suis heureuse, si père m'a pardonné, si je n'épouse pas le Russe qui a une tante au Caucase, si… Alors je m'approcherai, doucement, puis lui mettrai mes bras autour du cou. Mais il doit être si faible, mon André. Pourra-t-il supporter pareille joie?
—Qu'un homme qui vient de faire deux cents lieues en chemin de fer se trouve mal parce qu'une jolie fille se jette à sa tête! Voilà qui serait fort.
—Comme tu dis ça! Je ne suis pas une jolie fille pour lui. Je suis sa fiancée, sa femme. Ce n'est pas moi qu'il tiendra dans ses bras. Il embrassera, il aura tout le bonheur rêvé, toute la vie telle qu'il l'a voulue. Pourquoi pleures-tu, ma bonne petite amie?
—Parce que…
—… Tu es heureuse pour moi!
—Oui, et aussi parce que c'est comme dans le feuilleton de mon journal.