Simone se promettait d'écrire à bon papa Gosselet, de lui conter ce qu'avait fait le petit ingénieur «sans-le-sou» pour la mériter, rêvant un retour triomphal à l'usine.
Le soir venu, elles gagnèrent à pied la gare de Lyon. Dans la salle d'attente, une pendule marquait huit heures et demie. Elles prirent place sur une banquette, voulant attendre patiemment le défilé des voyageurs, mais à chaque coup de sifflet des locomotives de service sur la voie, elles se précipitaient vers la grande porte vitrée donnant sur le grand hall d'arrivée, puis, déçues, revenaient s'asseoir, les yeux fixés sur le cadran dont les aiguilles se mouvaient par soubresauts semblant impatientes, elles aussi.
* * * * *
Neuf heures enfin! Près du quai une machine s'arrêta, respirant bruyamment de tous ses poumons d'acier, essoufflée. La porte claqua. Des têtes parurent inquiètes, puis des corps habillés burlesquement de plaids et de couvertures de voyage.
Les débarqués se précipitèrent dans la salle, maugréant, se bousculant. Des sacs de nuits, des valises pendaient au bout de leurs bras longs donnant aux hommes affairés des allures tortillardes, obligeant les femmes à marcher lourdement comme des cannes qui vont à l'eau.
Sous les feutres mous, les visages masculins se masquaient d'une ombre.
Les femmes avaient sous leurs voilettes la même physionomie mystérieuse.
Debout près de la porte, Simone et l'Embaumée cherchaient des yeux, inquiètes.
Une voix dit, soudain, derrière elles:
—Eh bien! mademoiselle l'Embaumée! J'ai donc bien vieilli? Vous ne m'avez pas reconnu.