—Encore ce pas?

—Veux-tu que je te dise comment je rêve notre chez nous?

—Oui, mais j'ai grand'faim. Il serait temps de songer au déjeuner.

—Je ne proteste pas contre cette vilaine répartie. Je vois bien que tu l'as faite pour te moquer de ton bonheur. Voilà près d'une heure que tu me reproches d'être paresseuse, et tu l'es autant que moi. Prêchez d'exemple, mon Seigneur et Maître. Je sais par une amie de pension que les jeunes mariées écoutent, au petit lever, les propos musqués et encensés de l'époux, avec une nonchalance hiératique. Elles se font très dissimulées, les pauvrettes. Moi je t'aime tout naturellement. Si je dis des sottises, c'est que je t'aime assez pour être sotte! Tu n'oses plus m'interrompre.

—J'ai pris le parti d'écouter. J'ai pour fiancée, je puis bien dire pour femme, une jeune fille qui a des théories originales sur le mariage.

—Pourquoi me répondre comme tu le fais? C'est très mal de me causer du chagrin pour le seul plaisir d'être sarcastique. Personne ne nous entend, mon aimé. Nous sommes seuls.

—Je te promets d'être très… très… sérieux!

—Voici comment je veux notre vie. Tu travailleras, tu dirigeras l'usine de papa Gosselet, tu auras des ennuis d'affaires, des soucis d'argent. Par moi, ta vie privée sera comme une nuit de repos dans la tiédeur des draps. Ton rire sera mon rire. Tes larmes seront mes larmes. Quand je serai mère, nos enfants t'aimeront de tout leur petit cœur fait à l'image du mien. Devenue vieille…

—Fi! tu ne vieilliras jamais!

—Je voudrais que tu meures avant moi!