—Pour te remarier?
—Parce que cela te ferait trop souffrir de ne m'avoir plus!
—Ça c'est gentil! Voyons, ne pleure pas… J'embrasse ma vaillante petite femme.
Dans leur chambre du sixième étage, Simone et André vivaient en eux, en un tel oubli des choses extérieures que les propos envieux des femelles aboyant sur le palier ne parvenaient pas à les distraire de leur quiétude. Ils éprouvaient un plaisir toujours nouveau, elle à dire sa captivité chez les Visitandines et sa vie de petite ouvrière, lui à conter la guerre d'aventure menée dans les hautes herbes. Simone répétait sans cesse:
—Nous serions joliment bêtes de gâter un bonheur si chèrement acheté.
La blessure d'André était cicatrisée depuis longtemps, mais le jeune homme se laissait vivre dans une oisiveté où il se complaisait. L'amour de Simone le prenait tout, le gardait des vouloirs courageux. Il s'en étonnait, s'en inquiétait, puis finissait par goûter son bonheur, sans évoquer le «plus tard» qui effrayait Mlle Gosselet.
Simone aimait d'un amour chaste et violent, sans calcul, sans considération.
Après le déjeuner, elle disait à son fiancé, au cours de la causerie: «Quand tu parles, j'apprends mon mari.»—Simone travaillait à quelque lingerie pendant que l'ingénieur s'asseyait devant une feuille de papier blanc et… rêvait.
Mlle Gosselet guettait du coin de l'oeil les gestes impatients du jeune homme, souriait de sa nervosité, puis disait, consolatrice:
—Tu n'es pas en train, mon aimé! Tu as toujours un peu de fièvre. Et moi, égoïste, qui te garde dans cette vilaine mansarde! Veux-tu aller te promener?