—Je n'osais pas te le dire. Je craignais de me tromper, vois-tu! Mais, maintenant, je sais que je suis mère. J'ai eu peur pour lui, peur pour celui qui viendra de nous. Oh! mon ami, que je suis heureuse! Que je suis heureuse!
Elle pleurait. André baisait ses cheveux, doucement, l'enlaçant d'une étreinte protectrice. A un frisselis des peupliers bordant le lac, le jeune homme s'alarma:
—Tu vas avoir froid. Rentrons, mon aimée. Il ne faut pas faire d'imprudences.
Simone dit, souriant:
—Je crois que je te serai plus chère quand je t'aurai donné un fils.
Que de petits soins déjà!
Alanguie, elle s'appuya fortement sur le bras d'André et se laissa conduire vers leur nid. Lui marchait à petits pas, pris d'un respect religieux pour sa jolie compagne de vie, inconsciemment heureux d'avoir perpétué l'espèce, continué l'humanité.
V
En la tiédeur de l'été finissant, ils s'aiment d'un amour inquiet. Simone n'est plus toute à André. Sa bouche se lasse peu à peu des baisers de l'aimé. Elle s'accuse d'indifférence. Lui n'ose plus tendre les bras à sa maîtresse. L'hostilité ancienne, l'hostilité animale qui, aux primes âges, garda des intentions du mâle, la femelle humaine devenue mère se traduit en eux par une gêne insensible dont ils souffrent.
La jeune fille sourit quand il la caresse du verbe, n'osant se servir du geste qui peut être brutal.
Simone en une impatience d'être mère rallonge ses jupes; André reste penché durant de longues heures sur sa table de travail, levant de temps à autre de grands yeux caressants sur le visage de l'aimée.