Ils sont graves, tous deux, songeant aux devoirs qui leur viendront avec la venue de l'être, Simone d'une gravité silencieuse et douce, André d'une gravité protectrice, loquace. Quand la jeune fille heurte un meuble ou fait une glissade sur le parquet, André bouscule sa chaise, bouscule sa table, accourt, anxieux, offrant le refuge de ses bras tendus. Et assise près de lui sur le canapé, sa nuque posée sur l'épaule de son mari, elle parle de son fils:

—Je le veux comme toi, un peu nerveux, un peu féminin, mais armé d'un cœur généreux, aimant et fier.

Et elle avoue, hésitante, que le matin venu, le coude posé sur l'oreiller, elle contemple André pour créer l'enfant à son image.

—Je veux qu'il ait ta bouche, surtout, tes yeux aussi, mais surtout ta bouche.

Lui, flatté en sa vanité d'amant, gronde: «petite folle!» puis il énumère toutes les qualités d'homme qu'il saura donner à l'enfant.

Peu à peu, déshabitués des transports passionnels, ils deviennent seulement père et mère de celui qui vit d'une vie latente au milieu d'eux, de celui dont ils rêvent, de celui qu'ils se promettent mutuellement l'un à l'autre, beau et fier.

Quand le soleil bas, Simone et André se promènent au bord du lac, sous les saules pleureurs aux verdeurs frisselantes tombant en cascades dans l'eau, la vue des mioches d'ouvriers mal mouchés, mal culottés, les attendrit. Mlle Gosselet distribue des morceaux de sucre aux petites tignasses rousses qui fouissent le sable de leurs mains rougeaudes. L'ingénieur s'intéresse aux retranchements qu'édifient les bébés armés de pelles en bois. Ils passent devant les bancs qu'occupent les mères sales de ces amours crottés, elle, marchant d'un pas attardé et lourd, lui, précautionneux, attentif.

André a voulu que Simone se promène dans le parc, tous les jours, après déjeuner, le laissant attelé à la vilaine besogne.

Elle rencontre là de vieilles grand'mères gardeuses de petits, tricotant leurs bas, pendant que les enfants poursuivent les canards. Elle surveille les jeux des bébés, sourit aux grand'mamans, remet sur pied les tout petits tombés, les bras en croix, le museau dans le gravier. Les ouvrières la remercient d'un mot, d'un geste, mais ne viennent pas prendre place sur ce banc où elle assemble des pièces minuscules de flanelle blanche. Elle pense tristement: «On ne voit pas encore que je suis mère.»

Un soir, bravement, elle va s'asseoir près d'une vieille qui a une demi-douzaine de poussins autour de ses cottes. Elle vante la grâce des amours qui lancent de la terre sur la jupe, puis ajoute: