Le masque blêmi, maculé de taches jaunes, Simone souffrait, enfermée dans sa chambre pour ne pas inquiéter son amant. André travaillait sans répit, effrayé des conséquences des propos tenus autrefois sous les lilas, apitoyé d'avoir fait laide celle qui était tout fraîcheur et tout grâces. La nuit, il rêvait Simone étendue blanche dans son costume blanc de gymnastique, sur un lit entouré d'ombres qui ouvraient la bouche pour dire des choses qu'il n'entendait pas. Au réveil, quand il tendait les bras vers sa maîtresse, en un besoin de savoir qu'elle vivait, il apercevait le visage exsangue de la jeune fille et pleurait, baisant la souffrance de l'aimée sur son front jauni.
Elle, s'éveillait, les lèvres encore contractées par quelques mauvais rêves, essayant un sourire. Ses yeux gris, ses grands yeux tristes contemplaient doucement le cher bourreau de sa beauté. Pour chasser les soucis d'André, elle se disait très forte et très vaillante, faisait des projets pour après. Lui, approuvait, regardait les yeux… les grands yeux tristes de l'aimée, craignant de les voir disparaître peu à peu dans le crépuscule des choses mortes. Des mots de passion folle lui venaient aux lèvres, tant il voulait le pardon de sa faute. Elle, comprenait son inquiétude et répondait après de longs silences pendant lesquels l'amant suivait des yeux l'aller de ses grands yeux sur les choses familières de leur nid.
—Tu es trop imaginatif, mon André, trop facile à abattre. On dirait que tu regrettes de m'avoir aimée. Pourquoi? Même morte, je serai heureuse de…
Elle s'attendrissait à son tour, jetait ses bras autour du cou du jeune homme et ils pleuraient, baisant leurs larmes, unis en une étreinte qui leur faisait mal et qu'ils auraient voulue éternelle.
Les rideaux tirés, les fenêtres ouvertes, les pensers de nuit s'envolaient et l'amant se courbait sur son insipide besogne pendant que Simone s'employait aux soins du ménage.
André n'osait plus quitter le logis où sa maîtresse s'enfermait par coquetterie et aussi par crainte d'une défaillance soudaine l'exposant, dans le parc, aux sollicitudes indiscrètes des commères.
Il était inquiet, quand il rentrait, chaque matin, de ses courses chez des fournisseurs, dédaigneux des sourires de la pipelette qui, debout, devant sa loge, le regardait passer embarrassé de victuailles.
Au retour des visites qu'il rendait tous les huit jours à l'éditeur de la Mécanique populaire, il remontait le boulevard Saint-Michel à rapides enjambées, puis, dans sa hâte de revoir la chère malade, courait sur le trottoir à la grande stupéfaction des conducteurs d'omnibus qui arrêtaient leur voiture pour voir ce singulier piéton lutter de vitesse avec les gros chevaux du Perche, suant et soufflant comme eux.
L'escalier monté vite, la clef tournée brusquement dans la serrure, il se précipitait dans la chambre où elle lisait étendue dans un fauteuil rouge. L'entourage de l'étoffe pourpre rosait les joues de l'aimée. Il était tout heureux de la retrouver calme, reposée.
Elle souriait, essuyait de sa main longue la sueur qui mouillait le front de l'aimé.