Mme Coquardeau partie, André, honteux de confier à cette répugnante vieille le soin de délivrer l'aimée, voulut aller à la recherche d'une nouvelle sage-femme. Simone, hoquetant de douleur, le supplia de rester près d'elle. L'Embaumée assura que Mme Coquardeau était très habile, qu'elle gagnait beaucoup d'argent, mais que son mari, le garde municipal, «mangeait tout». Et le jeune homme n'eut pas la force de vouloir, affaibli par la nuit de veille, par le chagrin, par la crainte de ce qui arriverait.

A six heures, Simone descendit l'escalier soutenue par son amant et son amie. On la hissa dans un fiacre qui partit au petit pas à une allure d'enterrement.

L'Embaumée prit place sur la banquette, près d'elle. André suivit, le front bas.

Les voisins, les fournisseurs, regardaient, debout sur le seuil des portes, ayant envie de se découvrir comme au passage d'un corbillard.

L'aimée abandonnée chez l'étrangère, André regagna la rue Nansouty. Dans le désarroi des choses familières de la salle à manger, il dévora du pain sec, but de grands verres d'eau et s'endormit du sommeil des hommes-bêtes fatigués.

VII

Arrivé en face de la maison où habitait Mme Coquardeau, André s'arrêta.

Autour des boîtes à ordures alignées en file sur le trottoir, des chiens et des vieilles femmes se mouvaient dans le gris sale d'un matin de novembre. Bêtes et gens semblaient fouir du groin les détritus dont ils voulaient vivre.

Il contempla, la porte entrebâillée, les murs, le numéro de la vieille bâtisse, cherchant à deviner ce qui s'était passé dans la nuit. L'aspect des choses était plutôt sévère qu'accueillant.

Au-dessus du panneau sur lequel un peintre en bâtiment avait représenté la naissance d'un bébé brisant une coquille d'oeuf de poule, les fenêtres de l'appartement occupé par Mme Coquardeau étaient fermées. Derrière les vitres, les rideaux tombaient raides.