«Vous désirez un gendre riche pour qu'il puisse entourer de gâteries votre fille chérie, je le sais bien. Si je prends un mari pauvre, moi, c'est pour qu'il me doive tout, et me le témoigne. Je fais mon bonheur. Vous me pardonnerez d'assurer mon avenir contre votre volonté.

«Je ne suis pas une petite fille romanesque, vous le savez bien, je suis
pratique. Affaires de cœur d'abord, affaires d'argent… ensuite.
N'êtes-vous pas là pour remplir ma bourse quand elle sera vide, papa
Jean-Marie?

«Ce que j'aime en lui, voyez-vous, c'est qu'il n'osait pas demander ma main.

«Je suis de celles qui valent mieux que leur dot et je le prouve en me donnant à celui que j'aime.

«Consolez maman! consolez maman! Quand vous le voudrez, nous vous reviendrons tous deux, André et moi, résolus à vous faire oublier les mauvais jours où vous aurez pleuré l'absente.

«Je ne connais rien aux affaires, papa Jean-Marie, mais il me semble que: Gosselet, Bamberg et Cie, cela formerait une raison sociale sonnant divinement bien à l'oreille. Songez qu'il est très instruit, mon mari, et aussi très ingénieux; c'est vous qui me l'avez dit, père.

«Et plus tard, il m'aimerait tant qu'il finirait peut-être par épingler un ruban à sa boutonnière. Il inventerait quelque chose. Tout est possible aux amoureux, vous le voyez bien, puisque je vous quitte, moi qui vous aime.

«Bon papa, bon papa, vous m'avez fait éduquer en brave petit homme, vous me pardonnerez de savoir prendre une décision énergique.

«Je vous embrasse bien tendrement et bien longuement pour le temps où je ne vous aurai pas. Envoyez-moi votre pardon aux initiales: A.M. Bureau central, Poste restante, et nous reviendrons vite, vite, vous faire tout oublier.

«Simonette.»