La lettre achevée, elle put dormir, souriante, jusqu'au qu'au moment où
Jenny, la femme de chambre de Mme Gosselet, vint heurter à la porte.

—Mademoiselle! il est midi… le déjeuner est servi… Monsieur et madame sont inquiets.

—Je descends, Jenny.

Les cheveux tordus, le visage lavé à grande eau—jamais il n'y eut sur la toilette de Simone le plus petit flacon de parfum, la plus minuscule boîte de poudre de riz,—vêtue d'un peignoir blanc rayé de rose, la fille de M. Gosselet fit son entrée dans la salle à manger, portant la main droite à la hauteur de l'oreille, la main gauche ouverte, paume en avant, le long de la cuisse.

Madame Gosselet pivota brusquement sur sa chaise:

—Quelles manières, mademoiselle Dumanet! Puis quel sans-gêne! descendre en peignoir!

Dans la position du soldat sans armes devant son supérieur, Simone attendait un bon sourire de papa Jean-Marie excusant son espièglerie, mais le fabricant de poupées, dissimulé derrière un journal qu'il tenait grand ouvert, les bras tendus, semblait ne prêter aucune attention à ce qui se passait autour de lui.

Le mutisme de son mari encouragea Mme Gosselet à commencer ses doléances quotidiennes sur l'éducation déplorable donnée à sa fille et les non moins déplorables faiblesses du fabricant de poupées.

Simone, les lèvres délicieusement troussées en moue, courut vers papa Jean-Marie et, penchant sa frimousse boudeuse par-dessus le journal tendu:

—Nous sommes donc brouillés, père! Vous vous liguez avec maman pour me corriger de mes excentricités… Allons! puisque tout le monde m'en veut—je ne sais pourquoi—je vais me tenir bien sage dans mon assiette.