Gennarino.—Il est allé jusqu'au quartier des Juifs, acheter une étoffe pour sa peinture.
Eusèbe.—Voilà bien de mon Français, qui court les rues de Rome, au mois de juin, par la grande chaleur du jour, et qui m'oblige à l'attendre.
Gennarino, debout.—Le seigneur Mario Cavaradossi n'est pas Français, père Eusèbe. Il est Romain, comme vous et moi, et de vieille famille patricienne, s'il vous plaît.
Eusèbe.-Bon, je sais ce que je dis... S'il est Romain par son père, que j'ai bien connu dans ma jeunesse, il est plus Français encore par sa mère, une Parisienne! En voilà bien la preuve. Si ton maître était un véritable Italien, travaillerait-il à l'heure où tout Romain qui se respecte est occupé à faire un somme?
Gennarino, préparant la palette.—Son Excellence prétend qu'il n'est pas d'heure plus favorable au travail que celle-ci, où, les portes étant closes, il n'est plus distrait par les Anglais visiteurs, et leurs ciceroni bavards, par le bourdonnement des prières, le chant des cantiques et les sons des orgues; et que, dans cette solitude et cette fraîcheur silencieuse de l'église, il se sent plus libre, plus inspiré, plus en verve!...
Eusèbe, grommelant.—Oui, pour recevoir les visites de certaine dame.
Gennarino, de même.—Vous dites?
Eusèbe.—Rien!... Après tout, c'est un généreux seigneur. Il ne quitte jamais la place sans me glisser dans la main trois ou quatre Pauli, en témoignage de son estime. Je regrette seulement, Gennarino, que le cavalier Cavaradossi n'ait pas des sentiments plus religieux.
Gennarino, confirmant.—Oh! ça!...
Eusèbe.—Car, enfin, je ne l'ai jamais vu assister aux offices, ni marier sa voix à la nôtre à l'heure des vêpres... et, depuis qu'il travaille à cette chapelle, il ne s'est pas confessé une seule fois, pas même au saint jour de Pâques.