MARIO, CESARE Angelotti

Mario resté seul, après avoir disposé son étoffe, descend de l'échafaudage pour voir l'effet de loin. Puis tout en sifflotant, il remonte sur l'échafaudage et corrige les plis de la draperie; après quoi il ôte sa veste, pose son tabouret, et s'apprête à travailler... Dès qu'il est remonté sur son estrade, Angelotti paraît derrière la grille de la chapelle à droite, qu'il rouvre sans bruit et sort sans être vu par Mario qui lui tourne le dos; puis il descend vers la porte, et prête l'oreille. A ce moment, Mario, agenouillé pour choisir des vessies dans sa boîte, l'aperçoit, et, sans changer de posture, l'interpelle.

Mario.—Tiens!... Quelqu'un?...

Angelotti, se retournant.—Plus bas, je vous prié... Sommes-nous seuls?

Mario.—Oui. Ah ça, qui diable êtes-vous, avec ces allures de malfaiteur?

Angelotti,—Un malfaiteur, en effet, pour certaines gens, mais pour vous, non... si j'en crois ce que disaient cet homme et cet enfant.

Mario, descendant de l'estrade.—Tout cela ne m'apprend pas qui vous été...

Angelotti, résolument.—Eh bien, soit!... Advienne que pourra! Je suis un prisonnier évadé du château Saint-Ange!

Mario.—Vous?

Angelotti, vivement.—Et mon nom ne vous est peut-être pas inconnu. J'étais à Naples un des plus ardents défenseurs de la République parthénopéenne, et, quand elle a succombé, je me suis réfugié à Rome... où l'on m'a fait consul de la République romaine, égorgée comme l'autre... Vous avez pu lire sur toutes les listes de proscription ce nom qui est le mien: Cesare...