GASTON.

Ah! parce que vous ne pouvez pas repousser un malheureux qui se noie dans une vie maudite, et qui se cramponne à vous! Parce que vous êtes charitable et bonne!

JEANNE.

Non! je ne suis pas bonne!

GASTON.

Ah! madame, sauvez-moi, ne me faites pas douter de cette vertu à laquelle j'aspire, en me la montrant dure, implacable et sans cœur!... à défaut d'amour, que je ne vous demande pas, mon Dieu! par pitié seulement ne découragez pas cette conscience qui se réveille...

JEANNE.

Mais, mon Dieu!...

GASTON, continuant.

Ah! laissez-moi, laissez-moi tout dire!... Oui, j'ai été coupable, vicieux, criminel même, je le veux bien, mais il faut me pardonner, car on ne m'a jamais aimé! (Mouvement de Jeanne.) Si j'avais rencontré une âme comme la vôtre, ah! vous m'auriez inspiré cet amour du bien que je commence à peine à connaître... Dans ce gouffre où je descends chaque jour plus avant, qu'ai-je donc rencontré avant vous qui pût attirer un seul instant mon regard?... Mais rien! rien! vous seule êtes cette fleur, cette lumière!... ce ciel bleu qui brille là haut sur ma tête, en m'inspirant l'ardent désir de remonter! Et je vous regarde avec ivresse, avec délices, et je vous tends les bras, et je vous crie, avec toute mon âme: Je tombe, retenez-moi!... je meurs, secourez-moi!... Je suis un maudit! un damné qui brûle!... Penchez-vous sur moi!.... Un sourire!... une larme!... moins encore, un regard!... et je suis sauvé!....