Le Roi des Étudiants entre en campagne

Gustave Després—nous voulons lui conserver ce nom sous lequel il était connu à l'Université—Gustave Després, disons-nous, occupait, rue Saint-Georges, un appartement confortable, composé de deux pièces.

L'une de ces pièces, bien éclairée et presque spacieuse, donnait, sur la rue et cumulait les attributions de cabinet de travail, de salon et de laboratoire chimique.

C'était une sorte de pandémonium où il y avait un peu de tout.

Les crânes grimaçants y coudoyaient sans façon les fioles de médicaments; les tibias et les fémurs, épars et disparates, se prélassaient philosophiquement sur les meubles; un atlas d'anatomie, tout ouvert et peu soucieux de la crudité de ses planches, reposait cyniquement sur un volume de poésie d'Alfred de Musset... et la grande table, dressée au milieu de la pièce, ne se faisait pas scrupule de marier, dans le plus charmant des désordres, livre» de médecine et romans, scalpels et pipes, tabac et journaux, os humains et cornues de verre!...

Ajoutez à tout cela une bibliothèque adossée à la muraille, dans un coin, un canapé, deux chaises, un joli hamac havanais suspendu aux solives du plafond, et un petit poêle de fonte, en forme de pyramide, à deux pas de la table... puis faites-vous un peu l'idée du chaos que ça devait être...

Cependant, le Roi des Étudiants se plaisait au milieu de ce désordre artistique. Il aimait à embrasser d'un coup d'oeil, pèle-mêle et heurtées, toutes ces choses si peu faites pour aller ensemble... Sa puissante imagination y puisait des éléments de rêverie et s'y repaissait, comme le fait le gourmet à la vue d'une table abondamment servie.

La seconde pièce, plus petite et située en arrière, servait de chambre à coucher. Il est inutile pour nous d'y pénétrer et d'en faire la description.

Passons donc.

Comme on le voit, le logement de notre ami Després ne manquait pas d'un certain luxe; et, pour un carabin surtout, il pouvait presque passer pour somptueux.