Ce raisonnement rassura un peu la jeune créole. Toutefois, sa curiosité n'était pas satisfaite, et elle se remit à faire de nouvelles suppositions.
—Si c'était Paul! se dit-elle.
Et sa main se porta involontairement à son coeur.
Depuis la scène de l'avant-veille et, surtout, depuis l'imprudent aveu fait par Lapierre relativement aux sentiments de l'étudiant en médecine, Laure était bien revenue de ses préventions contre son cousin. Plus que cela, elle se reprochait amèrement de ne l'avoir pas compris et d'avoir ainsi laissé passer le bonheur à côté d'elle, sans lui tendre la main... Et, maintenant, cet amour désintéressé et malheureux, ce sentiment chevaleresque qu'elle s'était appliquée à refouler—faute de le connaître—dans le coeur du fier jeune homme, pouvait-elle y songer?... pouvait-elle le lui offrir encore?...
Et la pauvre jeune fille, en se faisant ces réflexions, ne put empêcher une larme brûlante de couler sur sa joue enfiévrée.
Mais, à son tour, elle repoussa cette nouvelle Supposition.
—Non, se dit-elle, ce n'est pas Champfort... Il souffre, lui aussi, et ne veut pas augmenter sa souffrance en venant dans cette maison où le malheur s'est abattu... Et, pourtant, ce jeune homme que j'ai vu disparaître dans le parc...
Elle n'acheva pas.
Le roulement d'une voiture se fit entendre dans l'avenue, et Laure, s'avançant la tête hors de sa fenêtre, put voir son frère sauter lestement sur les marches du péristyle et remettre les guides à un domestique.
Alors, la jeune créole appela: