A cette déclaration énergique, Paul Champfort se leva d'un bond. Une pâleur effrayante envahit sa figure, et, foudroyant Després de son regard, il murmura:
—Malheureux, qu'as-tu dis là?
—La vérité, mon ami, répondit avec calme le roi des étudiants.
—Mais tu veux donc ma honte, mon déshonneur, pour jeter ainsi mon secret aux quatre vents de la curiosité publique!
—Ce que je veux, c'est qu'il ne soit pas dit que Paul Champfort aura frappé inutilement à la porte d'un coeur.
—Mais tu ne sais donc pas qu'elle ignore mon amour, et que je me laisserai mourir plutôt que de lui faire le moindre aveu.
—Ceci importe peu... Le temps et les circonstances peuvent amener bien des changements dans les situations les plus embrouillées. Je me charge de forcer la main aux circonstances... et, quant au temps, on lui fera prendre le triple galop, si besoin est.
—Oh! non, je ne veux pas qu'une pression quelconque, morale ou autre, soit exercée sur cette enfant-là. Mon amour est une indignité, une trahison; eh bien! périsse mon amour, dussé-je ne pas lui survivre!
—Indignité! trahison!... Eh! depuis quand se montre-t-on indigne et se rend-on coupable de trahison, en aimant avec franchise et loyauté use jeune fille?
—Depuis que le devoir et la reconnaissance existent. Ma tante Privat m'a recueilli, moi orphelin, alors que les derniers débris du modeste patrimoine de ma famille venaient de disparaître dans les frais de la maladie et d'enterrement de ma mère; elle m'a élevé comme un enfant; elle m'a fait instruire—me mettant ainsi dans les mains les moyens de vivre honorablement—et je pousserais l'ingratitude jusqu'à chercher à capter l'amour de sa fille unique, de sa fille à qui elle laissera une part considérable de sa fortune!...