—Cette honteuse prime fut offerte le 25 juillet 1862.

—Le 1er août, vers dix heures du soir, un de nos espions se présenta à la tente de Manson, s'engageant à faire tomber, le lendemain même, le colonel Privat et ses cavaliers dans une embuscade infaillible. L'endroit choisi était ce fameux défilé des montagnes du Cumberland, appelé Big Creek Gap ou Cumberland Gap.

—C'est le seul chemin par où une troupe armée puisse pénétrer du Tennessee dans le Kentucky. Et encore, cet unique passage n'est-il qu'une gorge profonde, étroite, sinueuse, où les cavaliers ne peuvent souvent cheminer qu'un à un, en file indienne.

—Les montagnes du Cumberland séparant les deux armées, il fallait donc absolument que les cavaliers susdits s'en gageassent dans ce défilé pour faire leurs expéditions chez nous.

—L'espion s'entretint fort avant dans la nuit avec le général Manson, et, lorsqu'il sortit de la tente, la mort du colonel Privat était résolue.

—Vous savez ce qui se passa.

—Deux régiments d'élite furent échelonnés sur les contreforts, de chaque côté du Cumberland Gap; et lorsque le terrible escadron, trompé par notre habile espion et croyant marcher à la facile capture d'un convoi, s'engagea dans le défilé, les contreforts s'illuminèrent soudain et une multitude de feux plongeants assaillirent les braves cavaliers.

—Ce fut un affreux massacre. A peine une dizaine d'hommes en réchappèrent-ils.

—Le colonel lui-même tomba, mortellement blessé, et fut transporté en lieu sûr par l'espion qui venait de le faire écharper.

—C'est horrible et infâme! murmura la créole, les yeux étincelants.