—Et vous avez connu mon père.
—Que trop, mademoiselle, répondit Després en souriant. Le colonel Privat, avec son fameux escadron de cavalerie, nous a fait plus de mal à lui seul que toute une division d'infanterie. Il venait fourrager jusqu'à nos avant-postes et ne s'en retournait jamais sans nous avoir sabré une cinquantaine d'homme.
—Mon brave père!
—Vous pouvez le dire, mademoiselle. Son audace était telle, qu'on ne l'appelait plus que le Murât de l'armée du Sud.
Laure garda un instant le silence.
Son front rayonnait d'un singulier enthousiasme et son oeil humide s'allumait d'étranges lueurs.
Tout à coup, elle demanda brusquement:
—Quelle est la vérité sur la mort de mon père?
—Je vais vous la dire, mademoiselle, répondit Gustave, qui s'attendait à cette question.
—Le brigadier-général Manson, consterné de voir ses grand'gardes et ses avant-postes décimés par l'insaisissable cavalerie de Kirby Smith, promit une forte somme d'argent à quiconque en amènerait la destruction, ou, du moins, ferait tomber son chef—le colonel Privat—entre les mains des Unionistes.