—En effet, monsieur, vous prétendiez cela, murmura Laure.
—Eh bien! cette raison, je vais vous la donner... Vous ne consentez à épouser Joseph Lapierre que parce qu'il se dit dépositaire d'un secret, dont la divulgation déshonorerait la mémoire de votre père.
—Qui vous a dit?... balbutia Laure, stupéfaite.
—Est-ce que je me trompe?
—Oh! mon Dieu!... Mais je suis perdue... nous sommes perdus, ruinés de réputation, puisque cette malheureuse... faiblesse de mon père est connue.
—Au contraire, vous êtes sauvée, mademoiselle, car ce soupçon sur l'honneur du colonel Privat est une horrible calomnie, un mensonge ignoble qui ne pouvait éclore que dans le cerveau de l'homme qui convoite votre dot.
—Quoi! mon père serait...?
—L'honneur même. Jamais le colonel Privat n'a failli à son devoir. Bien plus, c'était sans contredit l'un des meilleurs officiers de l'armée du successeur de Beauregard, le général Bragg... et quiconque en douterait n'a qu'à s'adresser au général Kirby Smith, commandant alors la division dans laquelle servait votre père en qualité de colonel de cavalerie.
—En effet, ces noms me sont connus, murmura Laure... Vous êtes bien renseigné.
—Jusqu'à la bataille de Rogersville, j'ai servi dans l'armée de Buell, division Manson, qui guerroya pendant tout l'été de 1862 contre les généraux confédérés Bragg et Kirby Smith, dans le Kentucky et le Tennessee, se contenta de répondre le Roi des Étudiants.