Dans le même moment, un bruit singulier se fit dans le feuillage, à quelque distance en arrière du banc où étaient assis les deux jeunes gens. Une oreille exercée aurait pu y reconnaître le froissement produit par une personne qui se faufile au milieu des branches... Mais Laure et Gustave étaient trop absorbés par leurs pensées pour faire attention à ce frôlement significatif.
Après quelques secondes de silence, la jeune créole répliqua:
—Monsieur Després, voilà des paroles bien sévères, et à moins, de preuves très positives...
—Je vous demande pardon, mademoiselle, de m'être quelque peu laissé emporter en votre présence, répondit poliment le Roi des Étudiants... Cela ne m'arrivera plus. Quant à prouver ce que j'affirme, à savoir que Joseph Lapierre est un lâche assassin, je vais le faire sans plus tarder.
Et Després, prenant l'ex-fournisseur au moment de son arrivée à Saint-Monat, se mit à le disséquer de main de maître. Tout y passa, depuis les complaisances du Roi des Étudiants pour son nouvel ami et le sauvetage des deux enfants Gaboury, jusqu'à la sombre affaire du duel et ses sinistres conséquences.
Le narrateur, mis en verve par cette évocation douloureuse de ses malheurs passés, n'oublia pas l'ignoble conduite de Lapierre à l'égard de Louise, après la condamnation de son rival, et les basses calomnies qu'il répandit partout sur le compte de la malheureuse jeune fille.
Son récit fut un véritable et foudroyant réquisitoire.
Laure écoutait, émue et palpitante, ce dramatique exposé, et une irrésistible impression de terreur l'envahissait, lorsqu'elle reportait son esprit sur sa, propre situation vis-à-vis du machiavélique auteur de tous ces méfaits.
Quand le Roi des Étudiants en fut arrivé, au point culminant de l'histoire de Lapierre, c'est-à-dire à ce qui concernait la mort du colonel Privat, il s'arrêta un moment, puis reprit ainsi:
—Mademoiselle, je vous disais, au commencement de cet entretien, qu'une raison mystérieuse vous forçait à épouser l'homme dont je viens de vous faire la biographie.