Mais ce parti philosophique ne plut, paraît-il, que médiocrement au premier interlocuteur, car il émergea bientôt d'un bouquet de feuillage et s'avança de quelques pas dans la direction du rond-point. Ce mouvement compromit gravement l'incognito du personnage... En effet, un indiscret rayon de lune tombant d'aplomb des régions célestes, éclaira soudain la figure de maître Passe-Partout.
Effrayé de ce sans-gêne compromettant, le collaborateur de Lapierre se replongea bien vite dans l'obscurité du feuillage, où il rejoignit son compagnon, qui n'était autre que Bill.
Que faisaient là les deux bandits et dans quel but sinistre se dérobaient-ils ainsi aux rayons même de la lune?
On le devine aisément. Ils avaient pour instructions d'empocher une nouvelle entrevue entre, le Roi des Étudiants et la fiancée de Lapierre. Ce dernier jouait là sa dernière carte, il le savait bien; mais que le coup réussit, et aucun obstacle sérieux ne subsistait plus entre Laure et lui, entre la fortune et l'âpre convoitise.
Depuis deux jours, l'habile prétendant avait tout mis en oeuvre pour détruire, dans l'esprit de Mlle Privat, l'effet produit par les révélations de Després; et nous devons avouer que l'ex-fournisseur n'avait pas trop mal réussi, puisque la pauvre jeune fille, à bout d'arguments, n'avait pu trouver d'autre échappatoire que celui-ci: «Je ne demande qu'à être convaincue. Si M. Després ne m'apporte pas les preuves qu'il m'a promises, eh bien! je croirai comme vous qu'il n'a voulu que se venger, et notre mariage aura lieu. Dans le cas contraire, n'espérez pas que je faiblirai devant d'audacieuses menaces.»
L'enlèvement de Louise, la séquestration du Caboulot, et la maladie de Després—toutes choses ignorées complètement de Mlle Privat et de ses amis—servaient à merveilles les projets criminels de Lapierre, et pourvu que la nuit du bal se passât sans encombre, la situation était enlevée.
Mais il y avait cent à parier que le tenace Roi des Étudiants n'abandonnerait pas de la sorte une partie presque gagnée. Sa blessure n'avait pas eu de suite fatales, et il était en état de venir au rendez-vous donné à Laure, puisque, le matin même, Passe-Partout l'avait vu se promener dans la chambre de la maison Gaboury.
Seulement, allait-il se présenter ouvertement, par l'avenue du cottage, ou se faufiler dans le parc, comme lors de sa première visite?... c'est ce qu'il était, un peu difficile de prévoir, même pour un habile espion habitué à toutes les roueries.
Voilà pourquoi; ne voulant rien laisser au capricieux hasard, Lapierre avait jugé prudent de prévoir les deux éventualités, en plaçant deux sentinelles à l'entrée de l'avenue et deux autres près du rond-point.
De la sorte, il aurait fallu que ce pauvre Després eût une fière chance pour arriver jusqu'à Laure.