—Oui, messieurs, c'est affreux—d'autant plus affreux que le colonel avait comblé ce misérable de faveurs et qu'il reposait en lui une confiance illimitée...

—Confiance que ne lui a pas retirée, malheureusement, la famille Privat, fit observer Champfort.

—Oui, mais cette sympathie qu'il a su capter fera place à la haine et au mépris, quand je l'aurai démasqué, répondit Després.

—Le pourras-tu?... Il te fera passer pour un imposteur et te demandera des preuves... En as-tu?

—J'en ai plus qu'il ne m'en faut pour le faire rentrer sous terre et mourir de confusion, s'il lui en reste un atome d'honneur. Laissez venir le grand jour de la rétribution, mes amis, et vous verrez comment se venge le Roi des Étudiants. Toi, Champfort, achève ton histoire.

—Je n'ai plus qu'un mot à dire. Ma tante, frappée dans ses plus chères affections, se montra héroïque. Elle se dirigea immédiatement vers le théâtre de la guerre et, à force d'argent, se fit remettre le corps de son mari, qu'elle ramena en Louisiane, où les derniers honneurs lui furent rendus.

«Puis, n'étant plus retenue aux États-Unis par aucun intérêt majeur, elle vendit ses immenses propriétés et nous ramena tous à Québec, en passant par la France.

«Quant à Lapierre, il avait rejoint l'armée, après l'enterrement du colonel. Je ne l'ai revu qu'il y a environ trois mois, chez ma tante. Il arrivait des États-Unis. Depuis lors, il est le commensal assidu de la maison et fait la cour à ma cousine, qu'il doit épouser dans huit jours.

«Vous en savez, aussi long que moi, maintenant, messieurs.»

CHAPITRE IV