Secret pour secret

Un silence de quelques minutes suivit.

Després s'était levé et marchait avec agitation dans la pièce. Le récit de Champfort, auquel le nom de Lapierre se trouvait si étrangement mêlé, avait ravivé en lui une plaie à peine cicatrisée, et fait surgir dans son coeur d'amers souvenirs. Un pli menaçant, qui ridait de haut en bas son front soucieux, annonçait l'effort de sa pensée.

Chose extraordinaire, le Caboulot, le joyeux, le turbulent Caboulot semblait partager cette agitation. Sa figure mobile était devenue grave et il attachait sur Després des regards profonds. On eût dit qu'un vague souvenir, trop éloigné pour avoir de la consistance, trottait, dans la tête de l'enfant et qu'il cherchait à le fixer, à lui donner du relief.

Després ne s'apercevait pas de cette attention dont il était l'objet et continuait sa promenade fiévreuse.

Ce que voyant Lafleur, qui n'aimait pas les situations tendues, crut le temps propice pour risquer une proposition. Le digne étudiant n'était amateur de mélodrame qu'autant qu'on y mettait, de temps en temps, un petit entr'acte pour prendre la goutte.

Il saisit donc une bouteille et la brandissant:

—Ça! messieurs, dit-il, vos histoires sont superlativement intéressantes; mais elles ne doivent pas nous empêcher de faire un doigt de cour à cette bonne bouteille qui s'ennuie.

—En effet, nous ne buvons plus, appuya Cardon.

—C'est tout simplement de l'ingratitude, ajouta le Caboulot, qui évidemment faisait effort pour paraître calme. La bouteille est une bonne et loyale fille qui n'a jamais trahi personne, elle. Donnons-lui une franche accolade.