—Ne dites pas cela, ma tante: la médecine est tout pour moi—non-seulement le présent, mais encore, et surtout, l'avenir.
—Bah! ne te martèle pas la tête avec ces idées-là: j'ai pourvu au passé et, si Dieu me laisse vivre, j'aurai aussi l'oeil sur l'avenir.
—Oh! ma tante, vous êtes pour moi une véritable mère; mais je ne veux pas abuser de votre bonté, et je songe sérieusement...
—Abuse, abuse, mon garçon: le fonds est inépuisable et il y en a pour tout le monde... Mais revenons à nos moutons.
—Je t'ai fait appeler pour t'annoncer que je donne, lundi prochain, un grand bal—quelque chose de colossal, d'inouï, de féerique, si c'est possible. Or, comme j'ai besoin d'un bon organisateur et que je ne puis guère compter sur Edmond, tout entier à ses amusements, je m'adresse à toi. Tu vas mettre à contribution toutes les ressources de ton imagination, fouiller tous les coins et recoins de ton génie inventif, réveiller tous les souvenirs de fêtes endormis dans ta mémoire, enfin relire les Mille et une Nuits, s'il le faut, pour nous aider à surpasser les grands festivals donnés à l'occasion du mariage d'Aladin, l'heureux possesseur de la lampe merveilleuse.
—Cela te va-t-il?
—Je suis tout entier à vos ordres, ma chère tante; mais, outre que que je n'ai pas la fameuse lampe des contes arabes, je suis fort mauvais organisateur de fête et profondément ignorant en matière de bal.
—Qu'à cela ne tienne! je serai la tête qui combine, et toi, le bras qui exécute.
—A merveille. En ce cas, je me mets à votre service. Disposez de ma personne comme bon vous semblera.
—Voilà qui est entendu: tu consens à nous aider.