—Edmond, mon cher Edmond, je suis bien malheureuse!... Oh! si tu savais!... Mais non... ni toi, ni ma mère, ni personne au monde ne doit savoir un si terrible secret... J'ai un grand devoir à remplir... Prie Dieu que la force ne m'abandonne pas; et si tu m'aimes, ne parle jamais à qui que ce soit de ce que je viens de te dire—surtout à notre mère—et toi-même, ne me questionne jamais plus sur ce sujet.

Edmond, douloureusement étonné, avait promis, en courbant la tête.

Mais, depuis cette demi-révélation, il avait sur le coeur un gros levain d'amertume contre le fiancé de sa soeur, contre l'homme qui possédait des armes si puissantes pour vaincre la résistance des jeunes filles riches, et faire tomber leur dot dans son escarcelle.

Quant à Champfort, dont nous ne voulons dire qu'un mot, on sait quelles puissantes raisons il avait de ne pas aimer son futur cousin.

Cet homme-là avait détruit à jamais ses rêves de bonheur, en lui enlevant, non-seulement le coeur de Laure, mais jusqu'à son amitié, jusqu'à cette sympathie irrésistible qui faisait autrefois d'eux un frère et une soeur.

Tant qu'il n'avait fait que soupçonner son malheur, Champfort s'était contenté de gémir en secret sur le revirement imprévu du coeur de la jeune créole; son ombrageuse fierté aidant, il avait même affecté auprès de sa cousine une indifférence qui frisait le dédain...

Mais, depuis un mois, les choses étaient bien changées, et la certitude que Laure était décidément perdue pour lui jetait le pauvre étudiant dans toutes les angoisses du désespoir.

Il ne venait que rarement au cottage de la Canardière, fuyant la vue de sa cousine et surtout le contact de son odieux rival.

Després avait bien, pour un moment, fait refleurir dans le coeur de Champfort l'arbre vivace de l'espérance; mais la conversation qu'il venait d'avoir avec Laure avait ramené le pauvre amoureux à la froide réalité et lui faisait envisager l'avenir avec toute l'amertume des jours passés.

Telle était la situation!