—Paul m'a pardonné, répondit Laure, et nous avons fait notre paix... n'est-ce pas, mon cousin?
—Mais, certainement, ma chère cousine, et cette aimable petite querelle n'a fait que réchauffer mon affection pour vous.
—Vous voyez bien! fit la jeune fille, en se tournant vers sa mère.
—C'est parfait, répliqua la veuve, mais il te reste à en faire autant pour ton fiancé.
L'oeil noir de Laure étincela. Il y eut en elle une lutte de quelques secondes—puis elle articula froidement:
—Je n'ai rien à me faire pardonner de monsieur Lapierre.
Mme Privat resta stupéfaite.
Champfort, lui, jeta sur sa cousine un regard franchement admirateur. Le digne étudiant jubilait littéralement, et il faut bien dire que la figure décomposée de son rival n'était pas faite pour diminuer sa joie.
Celui-ci s'agita un moment sur son fauteuil, puis, après être passé successivement du pâle au vert et du vert au cramoisi, il se leva tout droit et, s'adressant a Mme Privat:
—Madame, dit-il avec une politesse cérémonieuse, auriez-vous l'extrême complaisance de me laisser quelques instants seul avec mademoiselle, votre fille?... J'ai à l'entretenir de choses infiniment sérieuses, et il importe que cette conversation ait lieu sans retard.