Champfort suivit sa tante; mais, avant de refermer la porte du salon, il contempla une dernière fois la pauvre Laure, dont le fier et triste regard était fixé sur lui.
En une seconde, une immense colère fit bouillonner ses tempes...! marcha rapidement sur Lapierre, et, dardant sur lui ses prunelles menaçantes, il lui dit d'une voix concentrée:
—Prends garde à toi, misérable, et pense à l'îlot de Saint-Monat!
Puis il rejoignit sa tante, qui s'éloignait sans avoir entendu............
Trois-quarts d'heure après, Lapierre et Laure rejoignaient, dans la grande salle à manger du cottage, les autres membres de la famille, qui n'attendaient plus qu'eux pour se mettre à table.
Lapierre était toujours pâle, comme d'habitude, mais sa figure rayonnait d'une façon singulière.
Quant à Mlle Privat, son teint animé et ses yeux brillants disaient assez le rude combat qu'elle venait de soutenir.
Elle fut, du reste, plus prévenante que d'ordinaire pour son fiancé, et n'adressa, pas une seule fois la parole à Champfort.
Le souper fut assez animé—Lapierre faisant à peu près seul les frais de la conversation avec les dames, tandis que Champfort et le fils de Mme Privat, arrivée depuis une demi-heure, s'entretenaient à part.
De l'incident du salon, il ne fut nullement question, et rien dans les paroles ni dans les regards de Lapierre ne vint indiquer à Champfort que l'ancien rival de Després eût compris la terrible allusion au drame nocturne de l'îlot qui venait de lui être jetée en plein visage.