—Enfant!.... tu ne vois, toi, que par les yeux de la tête. Mais, moi, c'est par les yeux du coeur que je regarde en ce moment, et je vois de bien jolies choses, va!

Wapwi, un peu étonné, promenait sa vue perçante tout autour de lui: sur les croupes des collines mouchetées de verdure, sur le vaste golfe où le roi de la lumière jetait une poussière d'or et jusque dans les gorges sinueuses de la rivière, d'où montaient lentement des brouillards irisés.

Il n'apercevait que le panorama accoutumé, qui valait certes bien la peine d'être admiré, mais qui ne l'émouvait pas autrement, l'ayant eu tant de fois sous les yeux.

De guerre lasse, il se résigna à garder le silence et à s'avouer que «petit père» Arthur était bien mieux doué qu'un enfant abénaki, puisqu'il possédait deux jeux d'organes visuels: l'un en dehors, l'autre en dedans.

Le jeune Labarou observait, en souriant, le travail d'esprit auquel se livrait son compagnon.

Voyant que celui-ci n'arrivait à aucun résultat et ne comprenait toujours pas, il lui dit, en lui tapant légèrement sur la joue:

—C'est inutile, petit, ne cherche plus: tu ne trouveras rien, étant trop jeune pour avoir éprouvé le sentiment qui me fait voir tout en beau grâce aux yeux de mon coeur: cela s'appelle l'amour!

—L'amour! l'amour! répéta l'enfant. C'est donc ça, petit père, que tu as dans le coeur pour petite mère?

—Justement, mon fils! Tu y es! s'écria Arthur, riant cette fois tout de bon.

—Wapwi aussi l'aime bien, mère Suzanne! dit entre haut et bas l'enfant: elle a mis sa bouche couleur de rosé sur les joues d'un petit sauvage.... Bonne, bonne, petite mère Suzanne!