Il était donc là, le suivant des yeux, au moment où la passerelle «'effondra, et, chose singulière, à l'instant précis de la catastrophe, il pensait justement à la possibilité d'un accident de cette nature.

Dire qu'il n'eut pas une seconde d'émotion terrible serait conraire à la vérité.

Affirmer absolument aussi qu'il fut pris par surprise, en voyant le tronc d'arbre se rompre, ne rendrait pas, non plus, exactement son état d'âme....

Nous dirions presque qu'il s'y attendait,—où du moins que son instinct de sauvage l'avertissait que quelque événement imprévu allait arriver,—si nous pouvions analyser une sensation aussi vague, un pressentiment aussi rapide, que celui qui l'étreignit soudain au moment où Arthur mettait le pied sur la maudite passerelle.

Dominé par ce singulier pressentiment, il avait jeté un rapide coup d'oeil en aval, dans la direction de la plus prochaine chute, à deux arpents au plus de distance.

Et c'est justement à ce qu'il pourrait faire, en cas d'accident, que pensait le jeune Abénaki, lorsque l'événement redouté eut lieu.

Sans même pousser un cri, il prit sa course du côté de la chute, cassa en un tour de main une longue gaule de frêne, dévala sur le flanc escarpé de la rive et se trouva,—Dieu sait par quel miracle d'adresse!—sur une étroite corniche à fleur d'eau, saillant de quelques pouces en dehors de la muraille à peine déclive qui endiguait le torrent, un peu en haut de la courbe formée par la nappe d'eau tombante.

La rivière, en cet endroit, avait bien une cinquantaine de pieds de largeur; mais, comme elle taisait un léger coude vers l'est, le courant portait naturellement du côté où se tenait Wapwi, et l'enfant pouvait espérer que son maître passerait à portée d'être secouru.

C'est, en effet, ce qui arriva.

Retardé dans sa marche par ses branches qui grattaient le lit du torrent, le tronçon d'arbre, qu'heureusement Arthur avait pu saisir en tombant, n'avançait que par bonds et en exécutant une série de mouvements giratoires, qui rapprochaient le naufragé tantôt d'une rive, tantôt de l'autre.