A une dizaine de pieds de la corniche où se tenait Wapwi, Arthur se trouva, pendant quelques secondes, à portée de saisir la perche tendue à bout de bras...
—Prends, petit père! cria Wapwi, et ne tire pas trop fort, si tu ne veux pas m'entraîner à l'eau.
Arthur saisit machinalement la perche et se laissa glisser de son épave...
Dix secondes après, il était dans les bras de Wapwi, sur l'étroite corniche.
Au même instant, ce qui restait de la passerelle s'abîmait dans la chute...
La première pensée du jeune Labarou fut de jeter vers le ciel un regard de reconnaissance; mais sa seconde, assurément, fut pour son jeune sauveur.
Il le serra dans ses bras, comme une mère eût fait pour son enfant.
—Mon petit Wapwi, lui dit-il en même temps, tu m'as sauvé la vie!.... Sans toi, sans ton courage intelligent, je serais là, dans l'abîme creusé par la chute!.... Désormais, c'est entre nous à la vie à la mort,—souviens-toi de cela!
Wapwi, les yeux étincelants de plaisir, frotta son front sur les mains du «petit père».
Cette naïve caresse exprimait, dans l'idée du petit Abénaki, le comble du bonheur.