Embarque, embarque donc, matelots et chasseurs!

Les fusils sont déposés avec précaution à l'avant de la chaloupe, les rames mises en place, et vogue la galère vers l'Îlot du Large!

Cette île minuscule,—appelée aussi la Sentinelle,—gît par le travers de l'ouverture de la baie, à quelques encablures en dehors d'une ligne qui passerait par ses deux pointes extrêmes.

A marée basse, c'est une agglomération de rochers, bordés d'une étroite lisière de sable et n'offrant pas plus que quelque deux cents pieds de développement irrégulier.

Mais la marée haute, surtout quand elle est poussée par le vent d'est soufflant en rage de l'entonnoir de Belle-Isle, le recouvre quelque fois de plus de douze pieds d'eau.

Il faut donc profiter du baissant,—comme on dit ici pour reflux—, si l'on veut faire un séjour de quelques heures sur la Sentinelle, dans un but de chasse ou de pêche.

Or, les deux cousins, marin fort expérimentés déjà, ne pouvaient ignorer cette circonstance.

Aussi la lune n'avait-elle pas décrit plus d'un tiers de l'arc de sa course nocturne, lorsqu'ils s'embarquèrent.

La mer pouvait avoir cinq heures de baissant, et l'élévation des astres au-dessus de l'horizon septentrional disait à l'oeil entendu qu'il était entre onze heures et minuit.

Il fallait, en temps ordinaire, une bonne demi-heure pour gagner l'îlot.