Cette fois, le trajet se fit en une vingtaine de minutes.
On ne parlait pas. Mais on nageait ferme.
Une véritable contrainte refoulait, de la bouche au cerveau, les pensées des rameurs.
Et il y a mille à parier contre un que la même cause agissait chez chacun d'eux.
Donc, à part le claquement cadencé des rames entre les tolets et le bruit grandissant des chutes de la Kécarpoui, aucune parole humaine ne réveillait les échos de la baie solitaire, dont le fond, enveloppé d'ombre, semblait se reculer de cent toises à chaque effort dea rameurs.
La belle nuit!
Comme il faisait bon vivre et comme le coeur de ces jeunes gens, dans la primeur de la vingtième année, devait battre librement en cette soirée de septembre, tout embaumée des senteurs balsamiques qu'apportait la brise du nord!
Eh bien, non!
Le coeur de ces adolescents, exubérants de force et de santé, secouait au contraire leur poitrine par ses heurts inégaux.
L'amour, la plus forte des passions,—surtout à cet âge de la vie—les tenait crispés sous son étreinte....