Ce qua voyant, le petit sauvage sourit à son tour et se leva.
Alors, s'armant de son couteau-poignard, avec lequel il s'était si bien escrimé tout à l'heure, il s'approcha de l'ours et se mit en frais de lui fendra le ventre.
Gaspard ouvrait la bouche pour l'arrêter, dans la crainte qu'il n'abîmât la peau, mais il se rassura aussitôt en voyant avec quelle dextérité le garçonnet opérait.
Il se contenta de lui venir en aide, afin que la besogne fût plus vite expédiée.
Arthur, lui, profita d'un moment où l'enfant, tout occupé à son travail, lui tournait le dos, pour enlever prestement le corps du père et le dissimuler, quelques pas plus loin, derrière une touffe de bruyère.
Le brave garçon avait agi spontanément, sans calcul ni réflexion, mû par un sentiment de pudeur filiale, en présence de cet enfant qu'un drame terrible venait de rendre orphelin.
Mais le petit peau-rouge, sans détourner la tête, avait pourtant vu.... ou deviné, car il murmura à l'oreille du jeune Labarou, quand celui-ci l'eut rejoint:
—Bien fait, ça.... Toi, bon ami.
Et il se reprit à écorcher l'assassin de son père, sans manifester plus d'émotion.
Au bout d'un quart-d'heure, maître Martin, dépouillé de sa peau, n'était plus reconnaissable. Il ressemblait aussi bien à un honnête veau, apprêté dans l'étal d'un boucher, qu'à une bête féroce, réputée immangeable.